romantisme

Autobus abandonné au large de l’autoroute Billy-Diamond, juillet 2026

Pensé depuis l’Eeyou Istchee

On aime le romantisme, on s’en méfie. Les Atala de ce monde ne s’enseignent plus guère sans un malaise difficile à nier. Mais qu’est-ce qui pousse l’individu à s’intéresser à des territoires et à des cultures autres que les siens sans vouloir les coloniser ni les évangéliser, sinon ces élans romantiques et chateaubrianesques de communion entre le soi et l’autre ? Élans qui ne sont pas sans créer leurs propres problèmes. Le niais romantisme d’un Chris McCandless, leurré par son insatiable et aveugle radicalité, a tout de même ceci de fondamentalement bon qu’il désigne, accuse et met en relief ce qui ne lui correspond pas — society, crierait-il avec la voix d’Eddie Vedder —, propageant son indignation, se faisant le véhicule d’une sorte de frisson nécessaire à une vie spirituelle qui se reconnaît comme « éveillée ».

Alors que B. tenait le volant, le long de la Billy-Diamond Highway, au retour de Fort George où s’était tenu le lancement du livre de poésie crie qu’elle a co-édité, je lui demandai ce qu’elle pensait du romantisme. Ce que c’était, pour elle. Un état d’esprit, répondit-elle. Le sentiment de mal-être persistant, comme un mal du siècle; ou encore un décalage entre ses propres aspirations et celles de nos contemporains. Par exemple, lorsque notre belle-soeur veut une grande maison avec une pelouse de terrain de golf et une voiture de luxe, que notre cousin veut une bar-mitsva coûteuse où un rappeur connu fera une prestation remarquée, que nos collègues veulent des carrières sans vagues et des retraites solides… puis que nous voulons une petite cabane, de l’amour, de l’eau fraîche et assez de santé pour pagayer sur les rivières du Nord. Ça, ajouta-t-elle, c’est romantique. Le romantisme, courant littéraire, se nourrit de ce genre d’idée. Et, en anglais, romance, est une attitude amoureuse un peu pompeuse, lovey-dovey et self-important way of loving each other.

Nous ne sommes pas des dictionnaires, après tout, et ces définitions personnelles me satisfaisaient. La lumière du matin et l’oreiller placé entre ma tempe droite et la porte côté passager me firent somnoler. Quelques ombres d’idées défilèrent dans mon l’esprit comme des objets sur le bord de l’autoroute, rapidement aperçus. N’y a-t-il pas quelque chose d’une quête d’absolu à la base du romantisme? Une envie de réponses ou d’évidences inébranlables, de vérités qui s’imposent avec la majesté du soleil? N’est-ce pas une attitude vouée d’avance à l’échec lorsque l’on étudie un tant soit peu et que l’on entrevoit l’étourdissante masse des possibles qui, sans devenir relativisme, tempèrent tout de même les certitudes? Je me figurais le sujet romantique en Icare, sa quête aussi vaine que l’aurait été la mienne si je m’étais élancé vers l’astre qui faisait à cet instant danser de petits spectres rougeâtres derrière mes paupières closes. Et pourtant, ce désir imbécile de s’élancer conservait à mes yeux une supériorité indéniable sur celui de rester collé à la croûte terrestre, sentiment plat, immobile, sédentaire. Je fis une petite sieste, puis, au réveil, n’y pensai plus.


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Commentaires

Une réponse à « romantisme »

  1. Avatar de expertpioneering6ad53ec2c4
    expertpioneering6ad53ec2c4

    Jolie rêverie du promeneur pas tout à fait solitaire.

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