sédiments

Les apparences sont souvent trompeuses, il semble.

Quelqu’un qui n’aurait jamais côtoyé l’univers minier pourrait, au premier regard, voir la teinte des bassins à résidus – un azur digne des plages des Açores ou de l’éclat du lac Louise – et les croire remplis d’une eau de rare pureté. Mais s’ils devaient franchir les barricades qui les ceinturent pour s’y baigner, leurs corps se chargeraient de corriger leur première lecture de la situation. Les effets des concentrations élevées d’arsenic et de mercure dans ces bassins sont des réalités que même les cellules les plus récalcitrantes ne sauraient ignorer.

Dans l’extraction de certains métaux – en l’occurrence, ici, l’or – tout ce qui, d’ordinaire, repose dans les entrailles de la terre mais n’est pas le métal recherché doit être rejeté. Les bassins à résidus en deviennent les réceptacles : leur fonction est de laisser sédimenter ces dépôts toxiques. Mais le brassage brutal de ce que la terre avait mis des millénaires, parfois des millions d’années, à enfouir et répartir engendre inévitablement des contaminations des nappes phréatiques et des aquifères environnants. Celles-ci peuvent atteindre des distances insoupçonnées : des sources proches (que je préfère ne pas nommer, de peur que des avocats véreux ne voient ceci au hasard d’une recherche de mots-clés) ont ainsi prouvé que les rejets de la Highland Valley Copper Mine en Colombie-Britannique avaient gagné l’océan Pacifique, alors même que la mine se trouve à plus de 300 kilomètres de la côte. Tant pis pour le saumon dit « sauvage ».

À la rubrique évidences : il n’est pas bon de boire une eau chargée d’arsenic et de mercure. Ni pour les habitants non humains ni, bien entendu, pour les humains d’une région. Or, une récente poursuite de la ville de Timmins par le gouvernement provincial, au motif du non-respect des normes de traitement des eaux usées, jette une ombre lourde sur la fiabilité de résultats présentés comme excellents en matière d’eau potable.

En attendant l’improbable ralentissement de la course au capital – ou, à tout le moins, qu’elle cesse d’empoisonner celles et ceux qui la rendent possible -, je continue à remplir mon verre d’eau filtrée à coups de ZeroWater et à me rincer soigneusement après mes baignades au lac Gillies, ancien bassin à résidus en plein cœur de la ville. Je me surprends parfois à penser que certains habitants des villes minières ressemblent eux aussi à ces bassins : beaux et fiers en surface, mais saturés, au fond, d’une toxicité artificielle, fruit du rejet par leurs employeurs de ce qu’ils auraient dû soutenir une fois l’or de leur labeur épuisé : leurs corps, leurs vies, leur dignité.


En savoir plus sur une job dans l'Nord

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Commentaires

Laisser un commentaire