
Timmins, ville minière, n’est pourtant pas un lieu de transformation. L’or, le zinc, le cuivre, l’argent, le nickel qui sortent de ses entrailles – sans parler du bois de ses forêts – s’en vont presque tous se faire traiter ailleurs. Les habitants semblent avoir intériorisé une mentalité extractiviste, gardée intacte depuis le temps des prospecteurs : soutirer ici, vivre ailleurs. Celles et ceux qui, pourtant, s’enracinent bel et bien ici dépendent en large partie d’un mode de consommation qui les force à acheter des denrées importées – parfois de très loin. Wal-Mart, Canadian Tire, Giant Tiger et consorts approvisionnent la population en bien de consommation très souvent faits des mêmes matières, étrangères, que celles extraites du sol même.
Dans ce contexte, recourir à la seconde main apparaît comme un geste vital de survie, ne serait-ce que pour réduire la dépendance économique au sud. L’unique boutique du genre, Jan’s Closet, se présente surtout comme un commerce solidaire destiné à aider les plus démunis. À l’accueil, Andréa pontifie fièrement au sujet de la mission caritative de l’organisme, et n’hésite pas à y greffer une revendication de « résistance » face aux « big box stores ».
L’endroit tient du chaos : imaginez un Village des Valeurs versé pêle-mêle, sans étiquettes, dans un espace au plafond bas, style dépanneur d’Hochelaga avec sous-sol, parcouru en tous temps par les aficionados locaux d’opiacés, égarés dans leurs quêtes personnelles et leurs paradis artificiels.
Bien sûr, je ne pouvais repartir de ce lieu sans quelques vinyles, sans quelques casquettes. À un dollar pièce, difficile de résister.
Dans l’imposante pile de couvre-chefs qui encombrait un coin de la boutique, j’ai déniché deux casquettes neuves – l’une arborant l’ancien logo du Collège Boréal, institution avec laquelle l’Université partage un immeuble ; l’autre de Placer Dome Inc., l’une des mines phares du coin, vendue à Barrick Gold en 2006. Si le nom maudit vous dit quelque chose, sans doute avez-vous entendu parler du fameux Noir Canada d’Alain Deneault, seul livre dans le Canada du XXIe siècle a avoir fait l’objet de censure à la suite d’un procès hallucinant.
Ainsi, même en voulant encourager l’économie circulaire locale, je retombe sur les spectres de ceux qui l’ont confinée aux marges.
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