
Le Nord, à distance. J’écris ceci depuis Montréal, comptant les jours avant le premier « vrai » départ vers Timmins, le 14 ou le 15. Ça me laisse quelque temps – entre les préparatifs liés au déménagement, les appels et rencontres pour la location de mon appartement, les ami.e.s, le fait de monter mes cours, de terminer une nouvelle section pour un livre issu de ma thèse, les interminables vétilles à régler sur ma voiture « presque » en bon état – pour réfléchir à la forme que prendra ce carnet.
Ce qui est certain : vive la forme brève. Le temps se fera rare, en première année de professorat : mieux vaut utiliser le brevitas comme une contrainte créative.
Et la photo, aussi. Pour libérer plus de temps, j’ai supprimé mes comptes sur les réseaux qu’un ami s’amuse à caractériser de « fascistes ». Sans aller jusqu’à un tel amalgame, je suis tout de même d’avis que rien de ce que Meta développe ne profite à long terme à l’humanité, à l’échelle de l’individu comme à celle de la collectivité. Alors comment partager mes photos 35mm à des ami.e.s ou de la famille qui n’a plus d’autre réflexe que de passer par un écran pour les voir? Plusieurs années, j’ai produit des cartes postales avec des photos imprimées à cette fin. Mais je vous laisse juger par vous-mêmes de l’efficacité d’une telle méthode au quotidien.
Après le certain, le flottement. La musique? La voix enregistrée? Je n’avais pas pensé inclure des chansons apprises, des livres lus à haute voix, mais peut-être que cela fera partie de ce carnet « multimedia ». J’écris parfois dans mes cahiers les paroles de chansons qui me touchent; pourquoi pas ici? D’autant plus que la dernière chanson que j’ai recopiée était de Richard Desjardins…
Le ton? Quelle place pour l’ironie? La critique? L’humour? Le registre de langue? Je ne suis pas fan de cabotinage, mais je n’ai pas non plus envie de sombrer dans un délire sartrien à la Roquentin qui « tient un journal pour y voir clair » tout en se corrigeant compulsivement le lendemain. Flottant entre l’arbitraire et le surdéterminé, je choisis de revenir à mes certitudes et de laisser la brièveté et la photo intéressante me guider. Comme ce moment où j’ai découvert la ville de D’Alembert, QC – fraîchement rentré de Lyon où je participais à une semaine d’étude de jeunes dix-huitiémistes. Rien à voir avec l’encyclopédiste, d’ailleurs, mais il s’agit quand même d’une référence 18e siècle : il s’agit plutôt d’un quelconque officier de l’armée de Montcalm.
Peut-on vraiment écrire des conneries en excès si l’on s’arrête avant de tout dire?
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